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Universitaires sénégalais cherchent bande passante, désespérément

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Police escorts striking teachers near the University of Dakar on January 18, 2012. Teaching staff have been striking over a month to demand better conditions. The banner reads 'yes, to the emergency plan of the construction of scientific, pedagogic and administrative platforms'. AFP PHOTO/SEYLLOU (Photo by SEYLLOU / AFP)

En marge du cinquième sommet Union africaine-Union européenne, fin novembre 2017 à Abidjan, plus d’une centaine de chercheurs avaient signé un « appel en faveur de la science et de la technologie », afin d’obtenir un soutien plus important des décideurs africains pour la recherche scientifique. Un an plus tard, au Sénégal, les chercheurs sont toujours confrontés aux mêmes difficultés, notamment pour l’accès à Internet.

« La connectivité est médiocre, déplore Ousmane Ka, chercheur en physique des matériaux à l’université Cheikh-Anta-Diop (UCAD) de Dakar. On est souvent obligés d’utiliser la 4G de notre téléphone et de partager la connexion. Une étudiante a même dû abandonner sa thèse car la bande passante ne permettait pas l’accès aux données du laboratoire américain avec lequel elle collaborait. »

Chaque chercheur a son lot d’anecdotes qui témoignent des difficultés au quotidien. Pour Alassane Traoré, chercheur dans le nucléaire, c’est un important appel vidéo avec l’EPA, l’agence de protection environnementale américaine, qui a été empêché, faute d’une connexion stable. « Nous avons l’habitude, relativise-t-il. Avant la rentrée de janvier, on est restés six jours sans Internet à la faculté des sciences et techniques. Les notes ont été rentrées tardivement et toute l’administration était bloquée. »

Fractures numérique et scientifique

Depuis 2015 pourtant, le Sénégal a amélioré sa connectivité, avec une bande passante de 310 kilobits par seconde. Seulement, les étudiants et les enseignants-chercheurs sont plus de 100 000 dans les six universités publiques du Sénégal. « A titre de comparaison, l’université Ashesi, au Ghana, dispose de la même bande passante pour moins de 1 000 étudiants. A Lagos, on est entre 13 et 15 kilobits par utilisateur, là où les Sénégalais en ont 3 », dénonce Boubacar Barry, chercheur au département de physique et directeur général du Réseau de l’Afrique de l’Ouest et du Centre dédié à l’éducation et à la recherche (Wacren).

Fracture numérique, donc, mais aussi fracture scientifique, avec des calculs et des transferts de données qui nécessitent parfois plusieurs jours. Conséquence : des travaux et des résultats au compte-gouttes, mais aussi des ordinateurs en surcharge de mémoire, avec une durée de vie affaiblie. Face à cette situation ubuesque, une solution précaire a été adoptée par certains chercheurs : embarquer leur disque dur lors de leurs voyages d’études pour faire analyser leurs données à l’étranger et les rapatrier ensuite au Sénégal.

Pour pallier ces difficultés, le Wacren a mis en place AfricaConnect2, un projet visant à interconnecter les pays africains, avec une meilleure connexion et un coût d’accès Internet moindre, financé par l’Union européenne pour un coût global de 26 millions d’euros (17 milliards de francs CFA). Le Sénégal était l’un des tout premiers pays à intégrer le programme, en 2011.

Mais sept ans après, l’adhésion au Wacren n’est toujours pas effective, alors que le déploiement du réseau a eu lieu le 15 mars à Lomé. Le hub qui était prévu à Dakar a finalement été transféré à Abidjan, où les premières installations sont en voie de réalisation, pour une capacité de 10 000 mégabits à terme. « Ce projet était pourtant le nôtre, regrette Alassane Traoré. Mais c’est bien connu qu’ici, on a déjà tout pensé, tout écrit, mais on peine à passer à l’action»

Un supercalculateur… non connecté

« Au Sénégal, nous n’avons pas attendu le Wacren. On a fait notre propre réseau », réagit le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Mary Teuw Niane, qui a placé le numérique au cœur de son action : « L’interconnexion est faite entre toutes nos universités et c’était ça notre priorité. L’objectif maintenant est d’avoir une bande passante de 1 ou 2 gigabits pour une meilleure connexion. Le problème est que, dans certains pays, il n’y a pas d’interconnexion entre les différentes universités, alors comment être interconnecté à eux maintenant ? »

Le projet AfricaConnect2 prévoit la connexion aux différents réseaux mondiaux, comme Géant en Europe, ainsi qu’une mutualisation des ressources pédagogiques entre les différents chercheurs africains. Aujourd’hui, le Ghana et le Nigeria sont connectés. Pour le Togo, c’est en cours, tandis que la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali le seront courant 2019. Ce qui va creuser le retard avec les chercheurs sénégalais, qui, pour se consoler, pourront compter sur le supercalculateur prévu dans la Cité du savoir en construction à Diamniadio, une ville nouvelle à l’est de Dakar. « Mais ce supercalculateur ne sera pas connecté aux autres alors que nous sommes à l’heure du numérique », ironise M. Barry.

Etudier à Dakar : le sommaire de notre série

Les étudiants d’Afrique de l’Ouest, mais aussi d’Afrique centrale, du Maghreb et d’Europe, se tournent de plus en plus vers l’enseignement supérieur sénégalais.

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