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Pr Mouhamed Habib Sy: « Pour une norme d’un orthopédiste pour 10 000 habitants, le Sénégal en A un pour 165 000 »

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Véritable équation pour notre système de santé, la prise en charge des urgences traumatologiques graves est en passe de fragiliser l’accès à une médecine de qualité au Sénégal. Face au déficit de personnel qualifié pour faire face à la récurrence des accidents, surtout ceux de la circulation routière, les urgences traumatologiques tendent à prendre de l’ampleur et leur prise en charge est très souvent délicat si le patient n’arrive pas à temps dans la structure sanitaire adaptée. Dans cet entretien, le professeur Mouhamed Habib Sy, enseignant chercheur à la Faculté de médecine de l’ Université Cheikh Anta Diop de Dakar, par ailleurs chef de service d’orthopédie-traumatologie de l’hôpital général de Grand Yoff, revient sur l’état des lieux, les solutions d’une sortie de crise et autres.

Qu’est-ce qui peut être considéré comme urgences en traumatologie ?

Les lésions traumatologiques ne sont pas des maladies, malheureusement elles sont considérées comme telles et il faut les séparer des maladies en ce sens que le traumatisme est de l’énergie extérieure qui, au contact du corps, va laisser des blessures. Ces blessures peuvent être accidentelles, comme elles peuvent être d’ordre intentionnel. Quand elles sont d’ordre intentionnel, on les appelle des agressions. Quand elles sont d’ordre accidentel, ça peut être un accident du travail, un accident dans la vie courante.

Quel est le secteur le plus touché par les urgences en traumatologie ?

Le gros lot des urgences, c’est dans l’accident de la circulation routière. Et dans ce domaine, on enregistre beaucoup d’accidents avec les quatre roues, mais ce qui pose plus de problèmes, c’est les accidents avec les deux roues. Nous avons effectué des études hospitalières qui nous ont permis sur l’ensemble du territoire, de comprendre ce phénomène. Vous n’êtes pas sans savoir que tous les jours que Dieu fait, le phénomène des accidents des motos Jakarta survient. Ce n’est plus seulement un phénomène de santé mais un phénomène dit social. Ces jeunes aujourd’hui montent ces motos parce que simplement ils sont à la quête du travail. Ce n’est donc pas un phénomène qu’il faut analyser en termes de sensation mais un problème pour lequel nous devons tous collectivement réfléchir et chercher des voies de solution entre autres comme l’octroi du permis, l’immatriculation, la sensibilisation.

Quelle est la situation actuelle de la prise en charge dans ce secteur ?

Les statistiques dans la structure où je travaille montrent que 17000 passages par année à l’hôpital général de Grand Yoff ont été enregistrés. C’est quasiment entre 45 et 55 malades par jour. Quand vous allez dans un hôpital régional, c’est entre 25 à 30 malades par jour. Dans un hôpital départemental, c’est à peu près 10 et 15 malades par jour. Tout ce que  je suis en train de vous dire est documenté parce que cela a fait l’objet soit de thèse, soit de mémoire. Et si on regarde sur les cinq dernières années dans ce pays en dehors du phénomène Ebola, les grandes catastrophes sont pour une grande majorité des accidents. Prenons les cas de Bettenti, Médina Gounas…

Quelle est la situation des spécialistes dans cette branche de la médecine ?

Il y a un déficit de spécialistes aujourd’hui car pour dix mille habitants pour un orthopédiste, au Sénégal, on en est à un pour 165000 habitants. Pour cette année, pour 21 candidatures, il y a eu cinq Sénégalais. Avec cette démographie qui va accroître, des sujets âgés qui sont en train d’augmenter, des infrastructures qu’on est en train de construire, j’en veux pour preuve notre autoroute à péage qui est très accidentogène, il faut quand même qu’on le dise, cela doit valoir que l’on se penche sur la question. Aujourd’hui, l’offre est loin de couvrir la demande car certaines localités sont même dépourvues de spécialistes pour la prise en charge des traumatologies graves.

 Selon vous,  qu’est ce qui explique que la recherche est quasi existante?

Aujourd’hui, nous réfléchissons sur les moyens de transférer des compétences aux chirurgiens orthopédistes. Ce sont des compétences pour qu’ils soient aptes  à s’occuper des malades.  Comme nous avons un métier ou le geste est fondamentalement important, nous essayons par les moyens dont nous disposons, à capaciter davantage nos jeunes confrères.  Nous avons aujourd’hui un projet de recherche qui intéresse les intrants comme les bambous, la calebasse sur qui nous avons des spécimens qui nous permettent d’augmenter les capacités  vis-à-vis du jeune chirurgien.

Il est relevé, dans cette spécialité, une absence de données pour mesurer l’urgence ?

Il faut le reconnaitre, il y a manque de données. Nous ne disposons que des chiffres cliniques, toutefois sur le plan national, nous ne pouvons pas quantifier les gens qui viennent dans les structures pour des urgences traumatologiques. Ce phénomène qui intéresse les jeunes et sur lequel ont doit s’appuyer pour faire du développement doit faire objet d’une étude. Les jeunes sont très touchés pendant les accidents. Il faut aussi relever les zones les plus accidentogènes et y implanter des structures pour réduire les problèmes de délais, des protocoles de prise en charge afin de sauver plus de vies.

Source: Sud Quotidien

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