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Les prix obstruent les objectifs mondiaux d’accès à Internet

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[WASHINGTON DC] Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, l’accès à l’Internet est plus lent, car les progrès dans les politiques en vue de rendre plus abordable le coût de la connexion y ont marqué le pas.

L’Alliance pour un Internet abordable [Alliance for Affordable Internet (A4AI)], une organisation à but non lucratif basée à Washington, aux États-Unis, avait prédit que la moitié de la population mondiale serait en ligne à la date d’aujourd’hui. Mais son rapport 2018 sur l’accessibilité de l’Internet, publié le 22 octobre, estime que ce jalon ne sera pas atteint avant mi-2019.

Sonia Jorge, directrice exécutive d’A4AI, souligne l’impact humain de ce retard. « Les personnes qui n’ont pas accès à l’Internet ne peuvent pas attendre pour l’avoir », déclare-t-elle.

L’importance de l’accès à l’Internet est inscrite dans les objectifs de développement durabledes Nations unies, qui préconisent un accès universel d’ici à 2020.

En janvier de cette année, l’ONU a déclaré que 47 des pays les moins avancés étaient en bonne voie pour déployer des réseaux mobiles 3G couvrant plus de 60% de leur population à cette date.

“Il est peu probable qu’il y ait un changement ou un mouvement significatif dans l’adoption d’Internet par la plupart des pays étudiés afin d’atteindre les objectifs de 2020.”

Michele Marius

Cependant, plus de deux milliards de personnes vivent dans des pays où 1 Go de données mobiles sont inaccessible pour des personnes percevant des salaires moyens.

Dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, 1 Go de données coûtent plus de 5% du revenu mensuel, prévienti le rapport, A4AI définissant l’accessibilité financière à 2% ou moins du salaire.

Le rapport d’A4AI évalue aussi l’efficacité des politiques nationales en matière de création de conditions pour un accès abordable à l’Internet et constate que les progrès dans ce domaine connaissent un ralentissaient.

Les notes en matière de politique n’ont augmenté que de 1% par rapport à l’année dernière, ce qui représente l’amélioration annuelle la plus lente des cinq années couvertes par A4AI.

A4AI propose des principes directeurs pour les cadres Internet nationaux. Par exemple, encourager les fournisseurs de services Internet à partager l’infrastructure peut réduire les frais généraux de 45%, indique le rapport.

Sonia Jorge compare par ailleurs les pays sans directives nationales à un cirque désorganisé.

« Parfois, les actes se complètent et fonctionnent très bien ; d’autres fois, ce n’est pas le cas », explique-t-elle.

La création de fonds universels de service et d’accès [Universal Service and Access Funds (USAF)], qui aident à payer les frais de fourniture d’Internet aux zones et communautés sous-desservies, constitue un élément important des conseils en matière d’orientation politique d’A4AI.

Cependant, certaines organisations du secteur privé tenues de contribuer à l’USAF résistent, indique le rapport, en raison du succès mitigé des fonds.

« Dans certains cas, les USAF ont été assez inefficaces », admet Sonia Jorge. « Beaucoup de ressources ont été gaspillées. »

Michele Marius, directrice de ICT Pulse, groupe de conseillers en télécommunications et en technologies de l’information et de la communication, basés en Jamaïque, qualifie pour sa part le ralentissement des taux d’accès à l’Internet d’inquiétant.

« Il est peu probable qu’un changement ou un mouvement significatifs surviennent en matière d’adoption de l’Internet dans la plupart des pays étudiés, dans le sens d’atteindre les objectifs fixés pour 2020 », fait-elle observer.

Tout comme les auteurs du rapport, Michele Marius souligne la nécessité pour les instances de régulation de prendre en charge les pertes financières que les sociétés de télécommunications subissent généralement pour la fourniture de services dans les zones démunies.

Elle ajoute que les catastrophes naturelles, telles que les inondations, font augmenter le coût de l’accès à l’Internet dans les petits États insulaires en développement.

Parmi les obstacles rencontrés par ces entreprises, il y a le besoin de se conformer à des normes telles que la norme de communication sans fil GSM/3GPP et à des taxes et des frais élevés.

« Tant que ces charges ne seront pas réduites et que les gouvernements ne fourniront pas le type de soutien approprié aux zones où les marchés sont trop étroits, isolés et où les revenus sont très faibles, le problème persistera », déclare Mike Jensen, spécialiste de l’accès à l’Internet à APC (Association for Progressive Communications), une organisation membre d’A4AI.

Cette urgence est aggravée par le fait que de plus en plus de services gouvernementaux se connectent en ligne, ce qui pourrait permettre de fermer des groupes sans accès à l’Internet aux activités et à la représentation politiques. « Nous avons la responsabilité de veiller à ce que ceux qui sont marginalisés dans les sociétés ne soient pas exclus davantage à cause de cette situation »,  déclare Sonia Jorge.

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