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Le prix Nobel d’économie 2018 détesterait le «et en même temps»…

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L’Américain Paul Romer vient de recevoir, avec William Nordhaus, le prix Nobel d’économie.

Les économistes ne sont généralement pas réputés pour leur drôlerie et encore moins pour leur style, le plus souvent abscons. Mais Paul Romer, 62 ans, professeur à l’Université de New York, qui a reçu ce lundi le prix Nobel d’Économie avec un autre Américain William Nordhaus pour «ses travaux sur l’innovation et le progrès technique comme facteurs de croissance», possède au plus haut point ces deux qualités.

Lors de son bref passage, guère plus de 15 mois, à la Banque mondiale en tant que chef économiste, Paul Romer avait au printemps 2017 reproché à ses équipes d’économistes de trop utiliser le mot «et» («and» en anglais). Il estimait que cette «conjonction de coordination», comme les grammairiens appellent ce petit mot si pratique, était beaucoup trop fréquente dans leurs rapports. Il avait calculé que le «and» pouvait représenter jusqu’à 7% de tous les mots employés dans certains textes.

Ce mot n’était certes pas condamnable en tant que tel, mais il trahissait une tendance à multiplier inutilement les arguments, les détails et les explications. «Du fait de cette tendance à la dilution du message, consistant à dire ceci et cela, et encore ceci, le mot «et» est devenu le plus fréquent dans la prose de la Banque», avait-il expliqué alors au Financial Times.

Expression fétiche «en même temps» d’Emmanuel Macron

Paul Romer avait même menacé ses équipes de censurer leurs études si celles-ci comportaient plus de 2,6% de «et» dans leur lexique. De tels comptages sont évidemment très faciles à établir du fait des logiciels ad hoc. Ces critiques avaient jeté un froid dans les rangs de la Banque mondiale et la direction avait retiré à son brillant économiste, qui faisait alors partie des «nobélisables», ses responsabilités hiérarchiques, tout en le gardant comme conseiller économique chargé de la recherche. Finalement Romer avait fini par démissionner et quitter la Banque en janvier 2018.

Ses remarques avaient beaucoup fait sourire en France, car au printemps 2017 Emmanuel Macron accédait à la Présidence de la République avec son expression fétiche «et en même temps».

La détestation du «et» exprimée par le nouveau prix Nobel 2018 va en réalité bien au-delà d’une simple question de style. C’est en effet l’un des travers des économistes que de multiplier leurs propositions, une façon comme une autre, de ne pas se mouiller et d’avoir plusieurs fers au chaud. Lorsqu’il était président des États-Unis (de 1945 à 1953), Harry Truman avait demandé qu’on lui présente «des économistes manchots». Il ne pouvait plus supporter ces experts qui lui disaient constamment «on the one hand (main)… «on the other hand», l’expression anglaise pour notre «d’une part, d’autre part». Ces alternatives constituent une forme de renoncement à la décision.

Paul Romer détesterait donc le «et en même temps» de notre chef de l’État. Il est vrai que ce dernier n’a pas demandé qu’il vienne le conseiller à l’Élysée. Ce serait pourtant sans doute une bonne idée. Sur le fond le professeur à l’Université de New York est l’un des grands spécialistes de la complémentarité entre l’État et les entreprises. «La réussite d’un pays repose sur des relations réciproques, un feed-back entre l’État permettant au marché de se développer, les entreprises créant en retour plus d’éducation et de richesses», avait-il expliqué au Figaro en janvier 2017.

Quant à la forme, elle ne serait pas un luxe pour la bonne communication de l’hôte de l’Élysée. Les discours de Macron sont régulièrement critiqués pour être trop longs comme un jour sans pain.

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