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La France exclut 18 enseignants sénégalais

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Désormais les cours ne seront plus gratuits pour les enfants français et tiers dans les écoles franco-sénégalaises. La scolarité revient à 66 000 FCFA par enfant et par mois au lieu de 99 000 FCFA somme initialement retenue…

Les fonds récoltés dépassent largement les besoins exprimés. A situation nouvelle, données nouvelles. Les écoles franco-sénégalaises sont passées d’un statut public à semi-privé. Alors pourquoi ceux qui enseignent à des enfants français et étrangers ne doivent-ils pas percevoir une partie de ces fonds récoltés dans leurs classes ? Au cours de ce combat, les enseignants ont eu plusieurs rencontres au ministère soit avec le ministre Serigne Mbaye Thiam lui-même, soit avec ses collaborateurs. Les parents d’élèves et les deux directeurs français étaient conviés à ces rencontres. Curieusement, Serigne Mbaye Thiam s’est montré toujours rétif aux propositions du Collectif des enseignants des écoles franco-sénégalaises (Cesefs).

Les parents d’élèves sénégalais ont proposé d’allouer une prime mensuelle de 100 000 FCFA aux enseignants sénégalais (qui demandaient 150 000 FCFA) pour éviter toute perturbation. Tout est mis en œuvre pour que ces enseignants ne partent pas en grève un seul jour dans ces écoles d’enfants de nantis. Quand la partie française avait demandé aux enseignants du Cesefs ne plus s’adresser à elle pour revendiquer des primes étant donné qu’elle n’était pas leur employeur, l’école était exposée à des grèves. Et quand, en 2017-2018, les enseignants du Cesefs avaient décidé de suivre les mots d’ordre de leurs syndicats, le DRH du MEN avait convoqué dare-dare les grévistes pour les intimider. Mais il dut changer de discours quand ces derniers ont déféré à la convocation en compagnie de leurs leaders syndicaux. Par la suite, Serigne Mbaye Thiam leur a proposé des salaires de 500 mille francs CFA mais à condition de prendre une disponibilité-piège de la Fonction publique. Ce qui les priverait du droit de se syndiquer. Autrement dit, ils s’isoleraient dangereusement du corps syndical des enseignants et perdraient aussi leur statut de fonctionnaires avec tous les avantages afférents (stabilité de l’emploi, retraite, prise en charge médicale). Proposition rejetée par les enseignants qui estiment que le ministre veut précariser leur situation en les piégeant ;

Serigne Mbaye Thiam, principal responsable de cet embrouillamini

Jamais l’ex-ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, n’a été transparent dans cette situation embrouillée. Qu’a-t-il négocié avec la partie française au point qu’il ne veut pas satisfaire la demande du Cesefs ? Et voilà qu’à la surprise générale, en accord avec les autorités françaises, Serigne Mbaye Thiam a décidé de privatiser complètement ces écoles et de mettre en compétition nos propres postes. C’est ainsi que le 15 avril 2019, un appel à candidatures a été lancé par l’ACDEFS. Il est mentionné que les candidats retenus bénéficieront d’un Contrat à durée déterminée (CDD) de 12 mois renouvelables une ou plusieurs fois. Dix-huit enseignants, qui ont accepté les conditions rejetées par le Cesefs, sont retenus par l’ACDEFS qui les a auditionnés à l’ambassade de France en l’absence d’un seul représentant du ministère de l’Education nationale. Ce qui veut dire qu’en principe sur les 29 instituteurs du Cesefs, 18 seront libérés sans pour autant avoir demandé à partir. Et pourtant la gestion démocratique du personnel enseignant est une revendication acquise, par conséquent aucun enseignant, s’il n’a pas commis une faute professionnelle grave, ne peut être affecté ailleurs contre son gré. Cette exclusion des écoles franco-sénégalaises de 18 enseignants du Cesefs n’est qu’un premier jalon puisque les 11 enseignants sénégalais restants et résistants vont être passés à la guillotine. Mais ces derniers ne comptent pas se laisser sacrifier sur l’autel des intérêts français avec la complicité des autorités sénégalaises. Aussi comptent-ils poursuivre le combat en impliquant les syndicats de l’éducation. En sus, ils ont pris l’attache de l’avocat Me Assane Dioma Ndiaye qui a décidé d’ester en justice quitte à saisir les instances de la cour de Justice de la CEDEAO. Par ailleurs, les activistes de Frapp France Dégage ont décidé de porter ce combat qui met en exergue le colonialisme français sur notre patrimoine.

Serigne Mbaye Thiam et Mamadou Talla, tels Ponce-Pilate

Tels Ponce-Pilate qui a laissé les soldats romains fouetter, ridiculiser, le frapper et cracher sur le Christ, Serigne Mbaye Thiam et Mamadou Talla ont livré leurs compatriotes aux Français tout en voulant laver leurs mains pécheresses. Comme seule solution, Mamadou Talla, pour désamorcer la bombe qui risque d’exploser si une solution n’est pas trouvée, est allé jusqu’à proposer à ces enseignants du Cesefs des affectations au niveau du ministère, des académies ou des IEFS. Un cautère sur jambe de bois puisque c’est une voie de garage. Le Cesefs pensait que le nouveau ministre Mamadou Talla allait décanter la situation mais il semble que son prédécesseur lui a légué une patate chaude. Dans cette affaire, il y a un monceau de mensonges qui tarde à éclater au grand jour. Ni Serigne Mbaye Thiam, ni Mamadou Talla n’ont dit la vérité aux enseignants du Cesefs et aux parents d’élèves. Aujourd’hui si les Français parviennent à contrôler le recrutement dans toutes les écoles, il restera très prochainement à fixer une contribution mensuelle évolutive pour les élèves sénégalais. Tel est le sens des réformes prônées par les politiques d’ajustement budgétaires entamées en France depuis plus d’une décennie.

L’espoir anéanti

Dans la toute dernière rencontre de dernier espoir qui avait réuni la directrice de cabinet du ministre de l’Education nationale, Mme Sané Ndiaye Faye, le DRH et les enseignants du Cesefs, il est apparu que le processus de privatisation définitive semble irréversible selon les autorités ministérielles. Le Cesefs a demandé l’arrêt du processus des réformes enclenchées par Serigne Mbaye Thiam et la partie française en catimini. En sus de la prime proposée par les parents d’élèves, le Cesefs accepte une durée quinquennale au sein de ces établissements à la place d’une disponibilité qui les laisserait à la merci de l’autorité. Le Cesefs a fait savoir à Sané Ndiaye Faye que le Sénégal est un pays souverain et sur la base des textes qui régissent le fonctionnement de l’école francosénégalaise, la France ne peut pas unilatéralement, sur la base de son ajustement budgétaire, imposer à l’école sénégalaise des réformes qui ne prennent pas en compte les avantages des enseignants sénégalais. A moins que le patrimoine immobilier de ces deux établissements n’appartienne exclusivement à la France qui aurait en ce moment-là le droit d’imposer ses propres règles. Face à cette situation, la bataille syndicale et judiciaire semble être la seule voie de salut pour sauver ce qui peut l’être encore dans ces établissements franco-sénégalais, pardon, français.

 

Source: Le Témoin

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