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Ancrer la culture et les traditions dans la recherche

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Lors d’une conférence organisée le mois dernier à Dakar, à l’initiative du Next Einstein Forum (NEF), des experts ont appelé les Africains à se baser sur la culture et les valeurs traditionnelles pour promouvoir la science et assurer un développement endogène.

La conférence faisait partie d’une série d’activités d’environnement soutenues par l’organisation Science Education Exchange for Sustainable Development (SeeSD) et visant à intéresser les jeunes à la science, à la technologie, à l’ingénierie et aux mathématiques (STIM), et à démontrer leur importance pour le développement.

Pour Christian Thiam, enseignant-chercheur à l’Université virtuelle du Sénégal (UVS) et responsable de la cellule numérique de l’institution, « on aura fait de la mauvaise science, si on ne se base pas sur la culture, car la science doit être au service de l’individu et de sa culture ».

“Nous sommes dans une civilisation qui a toujours idolâtré le chasseur, le cueilleur et le pêcheur, tandis qu’il n’existe nulle part au monde une civilisation qui se soit développée et qui soit devenue dominante sur la base de la chasse, de la pêche et de la cueillette.”

Oumar Dioume, conseiller scientifique à l’École supérieure de technologie de Dakar

« Nos recherches et découvertes scientifiques doivent être influencées par la culture dans laquelle nous vivons », renchérit-il dans une interview à SciDev.Net, avant de faire valoir que c’est en cela qu’il est important pour l’Afrique de financer elle-même sa propre recherche.

Pour sa part, Oumar Dioume, docteur en économie mathématique et économétrie et conseiller scientifique à l’École supérieure de technologie de Dakar (ESTD), soutient que « l’Afrique peut se baser sur sa culture pour se développer ».

« Il suffit, par exemple de se servir de n’importe quel objet hérité de notre culture ancestrale pour illustrer des concepts scientifiques nouveaux », fait-il observer.

L’expert prend exemple sur le jeu d’awalé, un jeu de société combinatoire abstrait créé en Afrique qui, selon lui, est le jeu combinatoire le plus complexe, avant le jeu d’échecs et le jeu de Go, et dont les meilleurs joueurs, africains, sont pourtant des analphabètes.

Oumar Dioume souligne également l’importance de ce qu’il appelle les sciences perdues – un ensemble de technologies acquises et appliquées, dont les théories physiques et mathématiques ont été oubliées − dans le développement et le bien-être des sociétés.

La parfaite illustration, poursuit-il, est l’invention du professeur nigérian Mohammed Bah Abba, qui, en fournissant un système de refroidissement alimentaire innovant aux populations nigérianes les plus pauvres, a été lauréat du Prix Rolex à l’esprit d’entreprise en 2000 (un prix qui récompense les personnes ayant un esprit entrepreneurial et qui ont innové en créant des solutions répondant à des défis majeurs de la société).

Vue des panélistes, lors de la conférence de Dakar, sur l’inclusion de la culture et des valeurs traditionnelles dans la promotion de la science et du développement. – Crédit Photo : Bilal Taïrou/SDN.

Oumar Dioume tient néanmoins à préciser qu’il existe deux types de cultures : la culture alibi, qui relève purement du divertissement et la culture tremplin, qui produit par exemple des objets qui peuvent être utilisés pour la science − à l’instar des figures géométriques fabriquées par des artisans permettant de visualiser certains concepts et donnant par ricochet du travail aux ouvriers ».

« Il est fondamental de changer notre vision des métiers et de les réhabiliter », insiste-t-il. Pour illustrer ses propos, Oumar Dioume fait allusion à la Suisse, dont deux des principaux fondements de l’économie étaient l’horlogerie et la bijouterie.

« Nous sommes dans une civilisation qui a toujours idolâtré le chasseur, le cueilleur et le pêcheur, tandis qu’il n’existe nulle part au monde une civilisation qui se soit développée et qui soit devenue dominante sur la base de la chasse, de la pêche et de la cueillette », relève-t-il, avant de conseiller à l’Afrique de calquer son modèle de réhabilitation des métiers sur celui de certaines civilisations étrangères où les métiers ont été valorisés au point que des noms de métiers sont devenus des patronymes.

Identité culturelle

Cependant, selon Christian Thiam, afin de garantir un développement basé sur des évidences scientifiques ancrées dans la culture, il faut qu’un travail sérieux soit effectué par des chercheurs sociologues, pour permettre à l’Afrique de découvrir son identité culturelle.

« À partir de là, nous pourrons créer un modèle de développement qui doit normalement venir de qui nous sommes et de ce que nous voulons », explique-t-il à SciDev.Net. Dans le même ordre d’idées, le professeur Oumar Dioume parle de conscience historique, qui caractérise les peuples et les distingue, d’après Cheikh Anta Diop, des populations − qui ne sont que des agrégats d’individus sans liens.

Il estime que « pour pouvoir se servir de la culture tremplin, il faut avoir une conscience historique ».

Modèle de développement

La sociologue Absa Gassama, responsable de la division de la recherche, de la valorisation et de l’innovation, à l’université virtuelle du Sénégal, estime quant à elle qu’il y a des principes de base clairs, si tant est que l’on veut se servir de la culture comme tremplin pour se développer.

Selon la sociologue, « le développement du capital humain est un postulat, pour se développer en se basant sur la culture » et en mettant un accent particulier sur le rôle crucial des familles, dans l’éducation de base donnée aux enfants.

Sur la même lancée, la chercheuse estime qu’il existe déjà des modèles d’organisation de la société et de développement basés sur la culture et ayant fait leur preuve, faisant allusion au mode de fonctionnement de la confrérie musulmane des mourides, au Sénégal.

Par: Bilal Taïrou, SCIDEV

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